Extrait du Livre des Gardiennes,
"Mémoires d'un esclave", chapitre XII.
Rome, 320 a.d.
Connu sous le nom actuel de "Esclave perdu sans collier".
Duan Herald, 1999. Dédié au Fétichisme des pieds féminins.
Suite du Chapitre XI :
Tout en faisant acte d'obéissance, je pensai à ma première Maîtresse, celle qui m'avait tout appris, celle dont je baisais les pieds autant pour obéir à ses désirs que pour la remercier de m'avoir initié. Trois mois. Trois mois que je n'avais léché de pieds. Je ne savais pas que cela me manquait autant. Elle m'avait drogué de son plaisir.
A son souvenir, ravivé par les jeunes pieds me surplombant et que je léchais avec tant de ferveur, je sentis mon esprit transporté dans le passé, loin, loin...
Mes souvenirs, comme tous les souvenirs, ne remontaient pas plus loin que la jeune enfance, dont je garde encore quelque trace. Les moments antérieurs, eux, sont gardés par les gens qui m'ont vu grandir.
Il paraît que, bébé, on me gardait au chaud sous les pieds de deux bonnes grosses esclaves nourrices, alors que celles-ci, assises l'une en face de l'autre, pratiquaient leur passe-temps favori : la peinture. L'une d'elle a d'ailleurs peint une toile me représentant à cet âge et que ma Maîtresse a gardé toute sa vie sur un mur de ses appartements. N'allez pas croire que j'étais maltraité, écrasé sous des pieds inconscients : ils m'effleuraient juste assez pour me transmettre leur chaleur bienfaitrice. Ainsi que leur parfum, qui ne devait plus jamais me quitter.
Ce ne fut que plus âgé, vers l'âge de six ans, que je découvris par moi-même le but de mon éducation un peu spéciale. Car bien que je fréquentais les mêmes écoles que les autres jeunes esclaves de mon âge, je fus seul privilégié à être destiné aux pieds de ma Maîtresse, toute jeune à l'époque.
Un voyage en Orient, en compagnie de Maîtresse sa Mère, l'avait enchantée. Là-bas, disait-elle, caressa-t-on ses pieds nus plus voluptueusement que toute autre partie de son splendide corps pourtant très réceptif et sûrement bien mieux que ce dont était capable le plus habile de ses propres serviteurs. De retour à Rome, elle se fit donc offrir un bébé esclave, qu'elle destina au seul plaisir de ses pieds encore menus. Ce que Maîtresse sa Mère nommait alors un caprice avait marqué plus sûrement que le fer rouge le chemin de ma destinée.
Servir les pieds de ma Maîtresse devait m'être agréable. Aussi, foulait-elle de grandes étendues d'herbes, de mousses et de fleurs avant d'imposer à mon visage la douce apposition de ses pieds parfumés. Je ne fus pas long à rechercher par moi-même ces rencontres, que je préférais tout de même aux pieds rugueux de mes nourrices, devenues préceptrices. Celles-ci m'apprirent à adoucir les pieds, à l'aide d'une pierre pourtant très irrégulière. Elles m'apprirent aussi à tailler les ongles, à les peindre, à les curer. Une esclave, amenée d'Orient pour ma seule gouverne, m'enseigna les techniques mystiques du bien-être par les pieds. J'appris tous les massages, toutes les caresses que mes doigts et ma bouche de plus en plus experts pouvaient leur offrir.
Ma Maîtresse suivait mes évolutions... pas à pas. Il ne fut pas un jour où je ne lui fis découvrir de nouvelles caresses, qui lui procuraient de fabuleuses sensations. Il ne fut pas un jour où elle regretta d'avoir tenu tête à Maîtresse sa Mère pour obtenir l'objet de ses plaisirs. Mes relations envers ma Maîtresse devinrent peu à peu les plus privilégiées qu'un esclave eusse pu jamais entretenir. Au moindre tressaillement de ses muscles, aux plus infimes agitations de ses orteils, je pouvais comprendre ses désirs, mieux même que par toute autre moyen d'expression. Il en résulta une symbiose où la Maîtresse et son esclave ne font plus qu'un, où le plaisir de servir n'est égalé que par celui d'être servie de si noble façon. Car plus que servir ses pieds, j'avais appris à les lire.
Servir ma jeune et parfois impétueuse Maîtresse ne se déroula cependant pas toujours sans quelques heurts. Passé un certains nombre d'années de servitude, je ne comptai plus le nombre de fois où ses ongles trop longs labourèrent ma chair et parfois plus douloureusement mes gencives. Mea culpa. J'oubliai le nombre de mes saignements de nez pour avoir mal ajusté mon visage sous son pas insouciant. Mea culpa. Plaies et bosses gratifiaient mon corps comme autant de preuves de mon dévouement à vouloir éviter à ses pieds fragiles la dureté des chemins de rocailles. Je ne me souvins plus du nombre de fois où, après qu'elle ait foulé mon dos meurtri, je dus lécher ses pieds tachés de mon propre sang, heureux de ne pas avoir à lécher le sien. Mea culpa. Côtes cassées et pertes de connaissance furent cependant plus rares, seulement provoquées par la colère de ma Maîtresse ou par un enthousiasme un peu trop prononcé. Deux raisons très excusables.
Ces petits incidents étaient en définitive trop peu de chose pour obscurcir mes heures, mes journées, mes années passées à servir avec dévotion de tapis, de repose-pieds, de descente de couche. Parfois, ma Maîtresse m'ordonnait de chanter les louanges de ses pieds. Au début malhabile, car en proie à un balbutiement né de mon indiscible admiration, je devins très vite poête à lui vanter les courbes admirables de ses orteils et la délicate finesse de sa peau, tout en caressant ses chevilles et en ponctuant les éloges de subtils coups de langues savamment donnés. Parfois, elle s'endormait, ses pieds reposant bien à plat sur mon visage comme deux nénuphars sur l'onde tranquille. Parfois, son corps tremblait, ses orteils se tendaient et se détendaient convulsivement, et je me sentais instinctivement obligé d'accélérer le va-et-vient de ma langue sous ses plantes lisses et moites, jusqu'à l'apogée de son plaisir. Après quoi un langoureux massage la détendait profondemment.
Ma Maîtresse appréciait tant mon usage qu'elle permettait chez moi certaines choses qu'elle ne souffrait d'aucune manière chez les autres esclaves. L'exemple le plus frappant fut celui de la pilosité. Je fus le seul esclave à ne pas devoir systématiquement me raser quotidiennement, mais sur l'ordre de ma Maîtresse uniquement. La raison en était qu'elle aimait parfois frotter ses plantes de pieds nues contre mes joues piquantes. Cela la stimulait certains jours où, en phase avec la lune, je la sentais plus tendue...
Ma bien-aimée Maîtresse m'avait si bien dressé à être sa chose, son petit être, qu'elle jalousait férocement quiconque venait à se servir de moi, y compris Maîtresse sa Mère. Elle ne supportait pas me voir foulé aux pieds par toutes les invitées lors d'un bal ou d'une quelconque festivité. Elle avait en horreur de voir ma langue lécher les pieds de ses amies, à qui, par politesse, je devais être prêté. Mais elle savait, lorsqu'elle reprenait possession de moi, qu'il n'y avait qu'elle que je chérissais avec une sincère dévotion, tant ma langue faisait fête à ses pieds qui m'avaient tant manqués.
Il fut bien des moments inoubliables passés aux pieds de ma douce Maîtresse, où je n'eusse pas envié la personne la plus fortunée du monde. Nous partageâmes bien des plaisirs, par nécessité, par connivence et même par générosité. Bien rares ceux qui devaient vivre pareille complicité et tout cela, je ne le devais qu'à une seule et pour moi sainte personne : ma Maîtresse.
Je ne l'ai encore jamais nommée. Au vu du bonheur qu'elle m'a apporté, je n'étais pas digne de le faire, même après son passage vers des cieux plus cléments.
Mon attention fut soudainement ravivée par un léger coup donné sur mon nez. Ce fut comme reprendre ses esprits après un long moment d'inconscience. Je redécouvris alors les magnifiques plantes de ma nouvelle Maîtresse, ses jeunes pieds que je me faisais un devoir autant qu'un plaisir de conquérir.
Fin du Chapitre XII.
( suite... )
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